Événement

À la rencontre des Mini-Entrepreneurs Rhônalpins

Publié le 1 juin 2017 par Hadrien Margail
6 min.
Collégiens et lycéens se sont retrouvés le mercredi 17 mai 2017 à Alpes Congrès pour un événement pas comme les autres, qui vient clôturer une année passée dans la peau d’un entrepreneur. Une aventure hors du commun, qui a amené plus de mille jeunes à créer 85 Mini Entreprises-EPA innovantes et bien réelles. Pourquoi Mini ? Seuil maximal de la levée de fond : 500€ ; Lieu de production des produits : l’établissement scolaire ; Nombre d’heures pour réaliser le projet : 60 (adaptables) ; Âge moyen des participants : 16 ans. On est bien loin des millions levés par certaines startups.

Le 17 mai 2017 se déroulait à Grenoble le Salon des Mini Entreprises-EPA Rhône-Alpes 2017. C’est à Alpes Congrès que se sont rassemblés près de 1 000 (très) jeunes entrepreneurs venus de toute la région. Élèves du secondaire, de la troisième au BTS et jeunes en insertion ou en centre de formation, sont venus présenter leur entreprise à des jurys constitués d’entrepreneurs, avec l’espoir de participer à la compétition nationale qui s’est déroulée le 1er et 2 juin à la Cité des Sciences à Paris.

La découverte des réalités de l’entreprise dès le collège

Dès mon arrivée au salon des Mini Entreprises-EPA, deux choses me frappent : le monde et l’âge des entrepreneurs. On m’avait pourtant prévenu ! Derrière les stands, ce sont bien des jeunes de 14 à 22 ans qui dévoilent leurs produits innovants à travers des pitchs rodés et assurés (la plupart du temps). Des produits ? Des pitchs ? Quel rapport avec des enfants ?

Entreprendre Pour Apprendre (EPA) s’est lancé en 1991 un défi : permettre aux collégiens, aux lycéens et aux étudiants post-bac d’avoir une première approche concrète de la vie en entreprise. Car oui, sans tomber dans le piège d’une critique trop virulente du système éducatif, les jeunes (moi y compris) ont souvent une connaissance bien pauvre des réalités d’une entreprise quand ils y mettent pour la première fois les pieds. Et quelle meilleure expérience de l’entreprise que de créer la sienne ? Fort de ce constat, le programme des Mini Entreprises-EPA est né.

Le public

Le défi ? Monter une entreprise en l’espace d’une année scolaire, avec les moyens du bord et l’accompagnement personnalisé d’un parrain. Une année, ça peut paraître court, surtout lorsque l’on apprend que les mini-entrepreneurs ne passent en moyenne qu’une heure et demi par semaine sur le projet. Et pourtant, la plupart des Mini Entreprises-EPA que j’ai croisées étaient structurées, s’appuyaient sur des études de marché, avaient un marché bien défini et surtout étaient déjà rentables ! Un exploit d’autant plus impressionnant que les mini-entrepreneurs sont limités à un capital initial de 500€ et ne peuvent produire que dans leurs collèges/lycées. Pour gérer ces contraintes, un système de parrainage a été mis en place avec un entrepreneur volontaire de la région, en plus de l’accompagnement du professeur.

Une année pleine de rencontres et d’enseignements

Comment des jeunes peuvent-ils créer seuls une entreprise, eux qui n’ont pour la plupart pas passé le bac (voire le brevet !) ? Pour les aider dans les démarches administratives, dans la construction de leur business plan ou dans l’organisation de la Mini Entreprise-EPA, des intervenants ont apporté leur expertise tout au long de l’année tout en s’appuyant sur le programme EPA. Les étudiants ont ainsi pu profiter d’expériences de marketing, de communication, de gestion de projet ou de stratégie qui leurs seront d’une grande aide plus tard, quel que soit leur job.

Un autre grand atout de cet accompagnement : la création d’un réseau. Lorsque l’on cherche son premier stage ou emploi, on réalise rapidement qu’un bon réseau est une véritable force. Durant le salon, les occasions ne manquent pas d’amorcer sa construction, et le format concours encourage naturellement la discussion, notamment avec les membres du jury essentiellement composé d’entrepreneurs. Les dirigeants de chaque Mini Entreprise-EPA auront même l’occasion de participer à leur premier apéro entrepreneur, version jus de fruit, et de networker comme des pros.

Mais au-delà des rencontres, les Mini Entreprises-EPA ont aussi créé des vocations. Grâce à cette immersion, les jeunes ont pu découvrir des métiers très différents, qu’ils ne connaissaient probablement que de nom : ébéniste, community manager, entrepreneur ou ingénieur électronicien, etc. les mini-entrepreneurs, bien accompagnés, n’avaient plus qu’à piocher.

Une jeunesse pleine de projets et d’envies

Un rapide tour au milieu des stands suffit pour se rendre compte de l’inventivité des jeunes entrepreneurs. Les réponses apportées aux besoins identifiés sont étonnantes de simplicité et d’efficacité. Pour créer un repose cuillère : une base PVC, deux tiges verticales qui se croisent et le tour est joué : ce qui a permis à la Mini Entreprise-EPA Rat’AINtouille de réussir à produire plus de 180 produits dans leur collège. Et le succès commercial est au rendez-vous : la simplicité plaît puisque seulement 10 exemplaires restaient invendus lors du salon.

La préservation de l’environnement est un sujet qui a été également souvent abordé lors de la création des projets. Dans cette optique, la Mini Entreprise-EPA Echobyjm a fabriqué son enceinte portative bluetooth à partir d’une canette, d’une chaussette (pour l’esthétique autour de la canette) et d’une batterie d’ordinateur récupérée. Seul le haut-parleur a été acheté pour garantir la qualité du son. PawaTeck proposait quant à eux aux particuliers de réaliser n’importe quel objet à partir de palettes.

C’est convaincu par le concept que je finis par quitter le salon. Grâce à EPA, 27 000 jeunes ont eu une chance inouïe : expérimenter la réalité du monde du travail sans être considérés comme des enfants. Ce programme va plus loin que le stage découverte de 3ème qui porte bien son nom puisque l’on découvre plus que l’on agit. Ici, les jeunes ont été les acteurs principaux de leurs entreprises tout en étant sous couvert d’EPA. Cet environnement sécurisé leur a appris à être entreprenant et à ne pas redouter l’échec. À ces deux qualités, s’ajoute une expérience 360° de la gestion d’une entreprise qui leur offre un bagage solide pour plus tard peut-être, faire mentir cette statistique : « 50% des entreprises disparaissent 5 ans après leurs créations ».