Interview

Étudiant-Entrepreneur, Aveline surfe sur la tendance

Publié le 28 juillet 2016 par Romain Bonjean
Aveline Cloitre, 18 ans, est étudiante depuis septembre 2015. La mode ? Elle adore. Les Sciences Politiques ? Sa deuxième passion. Qui a dit que ces deux centres d’intérêts étaient foncièrement incompatibles ? Certainement pas Aveline qui jongle avec ses deux casquettes flamboyantes cette année. Immergée dans un environnement entrepreneurial depuis son plus jeune âge, elle est, depuis novembre, la plus jeune étudiante à bénéficier du statut national d’étudiant-entrepreneur. Rencontre du troisième type à Sciences Po Grenoble avec un phénomène encore isolé, mais qui ne manquera pas de faire des émules. Etudiantrepreneur, the world might be yours!

Un terreau favorable

« Je baigne dans le milieu de l’entrepreneuriat depuis que je suis toute petite », raconte Aveline pour expliquer son envie précoce de monter quelque chose « à elle ». Son père étant lui même entrepreneur, le cadre familial fut de tout temps plus que propice à l’initiative et le désir d’entreprendre avait quelque chose de quasi naturel. « Très vite je me suis sentie concernée et j’ai pensé : pour réussir plus tard, je dois monter mon entreprise » confie Aveline avec spontanéité.

Passionnée de dessin depuis ses 6 ans, c’est au cours d’un stage de 3ème qu’elle a le déclic. À Sassenage, une opportunité dans le milieu de la mode se présente : sa fibre artistique peut alors s’exprimer. La couture vient en toute évidence prolonger son goût prononcé pour le dessin. « J’ai une grand-mère styliste donc j’ai toujours aimé le monde de la couture et de la mode ». Après ce stage, en rentrant au lycée, Aveline se laisse porter par son envie de créer, toujours bien épaulée par sa famille, et entretient avec force sa flamme créative. « J’ai tout le matériel nécessaire à la maison, une machine à coudre et ma maman !  » sourit-elle.

Le lycée, l’offre et la demande

Dès le lycée, la jeune étudiante commence à soumettre quelques esquisses au regard bienveillant de sa maman, fille de styliste ne l’oublions pas. Les retours sont encourageants. « Je rentrais des cours et je me mettais à mon bureau, un crayon à la main en laissant mon imagination faire le reste ». Vous avez dit hyper-active ? « Je faisais des vêtements pour m’amuser, parfois pour mes amis, mais c’était avant tout un hobby » confesse Aveline.

Très vite, la machine se met en marche. Les premières créations de la jeune fille rencontrent un franc succès. Le carnet de commande commence à se remplir sans grand effort de communication : des sacs, des trousses, des vêtements, que lui réclament ses camarades, admiratifs de son talent. Aveline en profite pour se diversifier peu à peu mais elle rencontre rapidement l’inconvénient majeur d’avoir un travail « normal » dès lors qu’il se cumule à l’emploi du temps d’une jeune lycéenne : « Tout s’est emballé, j’avais pleins de demandes qui venaient de partout, je ne pouvais plus gérer tout ça en plus des cours au lycée, alors j’ai un peu mis de coté ma passion ».

Un statut idéal pour tester sa vocation professionnelle

C’est en rentrant à Sciences Po en septembre que l’aventure prend un tournant véritable. Dès la première année, les étudiants doivent choisir des cours spécialisés parmi une liste imposée. Délibérément différent d’un enseignement plus classique, les nouveaux élèves sont ainsi encouragés à s’ouvrir sur d’autres sujets et ainsi multiplier leurs perspectives futures. De l’analyse du monde arabe au marketing, en passant par la conduite de projet, il y en a pour tous les goûts et toutes les vocations. Pour Aveline, la spécialisation était toute trouvée. « Je me suis donc renseignée et très vite, il s’est avéré que la spécialité que je convoitais [la conduite de projet, ndlr] n’existait plus depuis cette année. Déçue, je me suis tournée vers le milieu associatif. J’ai d’ailleurs longtemps hésité à rejoindre la Junior Entreprise1. Cependant, mon projet me tenant vraiment à coeur, la directrice des études m’a dirigé vers autre chose: le diplôme d’étudiant-entrepreneur proposé par Pépite Ozer2. » O joie! Il y a donc une justice pour les passionné(e)s ! Un diplôme inédit jumelé avec un nouveau statut s’offrait ainsi à Aveline… Petite révolution au sein de l’enseignement supérieur : bienvenue à l’étudiant-entrepreneur3.

« J’y ai pas mal réfléchi pendant les semaines qui ont suivi, et c’est finalement une conférence de Georges Weil4 à Sciences Po qui m’a décidée ! », explique la jeune femme. La flexibilité et la souplesse du cursus ont poussé Aveline à franchir le pas. « Le diplôme n’était pas contraignant, complètement modulable et extensible sur plusieurs années […]. J’ai monté mon dossier sur une idée qui me trottait dans la tête depuis la troisième : créer des vêtements et ma marque de mode. » Aveline est alors passée devant un jury d’experts entrepreneurs qui l’ont écoutée, soutenue et finalement labélisée, faisant d’elle l’une des 113 étudiants-entrepreneurs de Grenoble. « Ce statut est vraiment différent, on est suivi, on a un tuteur, alors qu’un auto-entrepreneur est tout seul. On bénéficie de chèques experts pour des conseils. Etudiant-entrepreneur, c’est un accompagnement avant tout. Et ça, c’est un vrai plus », défend Aveline.

Pour le dire autrement, le protocole étudiants-entrepreneurs, c’est le moyen idéal de se faire une idée plus que concrète de l’aventure entrepreneuriale, avec un risque mesuré et dans un cadre ultra pédagogique.

« la vie est trop courte »

Logo« J’ai longtemps hésité à franchir le pas », poursuit Aveline. « Je savais que l’idée me plaisait, mais je faisais surtout ça pour m’amuser au départ. Pour moi d’abord, ensuite pour des amis… et maintenant j’espère pour tous ! » lance-t-elle avec un large sourire. « Mais en réalité, franchir le pas est plutôt difficile à faire. Pour moi c’est la mort de ma meilleure amie l’année dernière qui a vraiment été l’élément déclencheur ». C’était le déclic. A ce moment là, je me suis dit « je fonce, la vie est trop courte », livre-t-elle, émue.

Après avoir fait des trousses, des sacs et des vêtements dans un cadre informel, Aveline doit apprendre a commercialiser ses créations, étape indispensable dans l’apprentissage de l’entrepreneuriat. Les objectifs se fixent peu à peu, et l’aventure devient chaque jour plus concrète. Elle s’est laissée quelques mois pour sortir son premier sac… Une création qui, peut-être un jour, se retrouvera dans les vitrines des plus grands magasins.

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