Interview

L’avenir sera participatif ou ne sera pas

Publié le 16 septembre 2016 par Mickaël Délis
15 min.
Pour la première des Interviews de Mikou, nous avons eu la chance d’être accueilli par l’une des enseignes star du web participatif. Rencontre avec Adrien Aumont, l’un des co-fondateurs de KissKissBankBank, mais aussi de Hellomerci et Lendopolis - d’autres formules tout aussi novatrices et intelligentes pour repenser de façon active le soutien de la création, quelle qu’elle soit.

Mickaël Délis Vendredi 8 juillet. J’ai rendez-vous rue de Paradis, dans ce dixième arrondissement qui résume à lui seul ce que la nouvelle géographie bobo du nord parisien veut dire. Après un désastre climatique long comme une punition, il fait enfin beau. J’arrive avec le quart d’heure d’avance des bons élèves augmenté des dix minutes de la culpabilité d’un premier rendez-vous annulé par mes soins. Je gare mon vélo devant un bâtiment qui donne envie d’y vivre. Au dessus de la grande devanture blanche et ajourée on peut admirer les fleurons de la team KissKiss. KissKissBankBank partage en effet l’adresse avec Lendopolis et Hellomerci, trois petits miracles.com couronnés d’une réussite flamboyante. Et en passe de faire de nouveaux bébés… (Ça tease, ça tease…).

Mars 2010, un trio de têtes brûlées au grand cœur lance la première plateforme web de financement participatif. En quelques années, grâce à une synergie qui donne d’évidentes envies de triolisme neuronal, Ombline LE LASSEUR, Vincent RICORDEAU et Adrien AUMONT font de KissKissBankBank la référence européenne made in France du crowdfunding1. Convaincus qu’un nouveau modèle de financement et de production peut – voire doit – faire la nique à la logique bancaire dont on connaît la lourdeur, l’exaspérante prudence et le sectarisme oligarchico-capitaliste, nos trublions de l’économie parallèle continuent d’œuvrer pour le bien commun en créant de nouvelles plateformes de prêt, dont le succès confirme le bien-fondé.

Moi, c’est avec Adrien AUMONT que j’ai rendez-vous. Adrien c’est un trentenaire qui, dès la première poignée de main, donne envie d’être à sa table pour travailler avec lui dans la liesse ou bien de boire des pintes en refaisant le monde à coup d’espoir et de foi en l’homme. C’est vendredi, on sent que la semaine a été dense, mais le soupçon de fatigue lisible sous la paupière est supplanté par le sourire pétillant du regard qu’encadre une paire de lunettes en écaille comme on les aime. Après avoir traversé de grands bureaux où s’active une fourmilière de cervelles affûtées, Adrien me fait asseoir dans une belle cuisine lumineuse qui relègue DAMIDOT au rang des loseuses du style. Le soleil inonde la grande table en bois. Je déploie mon ordi mini en attendant qu’il termine en express un rendez-vous. Je suis un peu impressionné, mais plus excité encore de rencontrer celui qui m’avait régalé lors d’une interview BFM tant par sa verve que par sa fougue.

kisskissbankbank-adrien-aumont-les-lieux

On est bon. La porte se referme. Adrien s’assied. On a trente minutes. Je bafouille un peu pour me présenter, c’est de rigueur pour tout bon premier rendez-vous. J’apprends après avoir vanté le cadre que l’expansion de la boite est telle qu’un déménagement est imminent. Et nous laissons là les considérations immobilières pour entrer sans détour dans le vif du sujet. Entreprenariat, stratégie, passion, éducation…

C’est l’ Interview de Mikou, la number one, c’est Adrien AUMONT de KissKissBankBank, et c’est aussi bon de rédiger ces lignes que d’en avoir enregistré la substance la semaine passée.

L’interview

Mickaël DÉLIS : Du pratico pratique pour commencer. LPE relaie les meilleurs outils contemporains pour réussir à entreprendre dignement. Kisskissbankbank en fait bien entendu partie. Quels conseils pour un petit entrepreneur qui rêve de devenir grand en lançant sa toute première cagnotte…

Adrien AUMONT : Quand on est au démarrage d’une aventure via le financement participatif, ce qu’il faut envisager avant tout c’est de construire une communauté. C’est un point vraiment essentiel pouvoir utiliser correctement kisskissbankbank ou toute autre plateforme à dimension participative.

Aujourd’hui il existe un modèle de dons. Kisskissbanbank en est un des acteurs principaux. Il y a également du prêt à taux zéro, solidaire, c’est une sorte de petit prêt entre ami – ce qu’on a créé avec la plateforme Hellomerci. Sur ces deux modèles, le fonctionnement est le même, ça marche de façon très organique : ça part d’une communauté identifiée, existante, quantifiable qui va venir se mobiliser pour soutenir un projet. Et en fonction de la taille de cette communauté, on peut définir combien on peut collecter d’argent et mettre en place des objectifs cohérents.

Le logo de KissKissBankBank

Un peu de chiffre pour rendre tout ça plus concret ?

Le panier moyen de KissKissBankBank est de 4 000 euros, ce qui équivaut à 80 personnes/donateurs, avec une moyenne de 50 euros par tête (pour une durée de collecte pouvant s’étendre jusqu’à 60 jours).

Mais pour fabriquer ces 80 donateurs, il faut une base moyenne de 1 300 personnes ou contacts, tous cercles confondus. Une grosse perte donc. Mais des moyennes éloquentes pour éviter les plans sur la comète.

Vous parliez d’autres plateformes à dimension participative…

Il y a également le modèle de prêt rémunéré, ça c’est ce qu’on a mis en place avec Lendopolis, à destination des PME. Même logique de campagne auprès de sa communauté propre – celle de la PME en l’occurrence – à laquelle vient se greffer une communauté de prêteurs fédérée par la plateforme elle-même. Deux communautés complémentaires, donc, pour un emballement vertueux dès lors que le projet convainc. Confiance, fiabilité… se développe ici une intelligence collective et ambitieuse entre le cercle du porteur de projet (employés, proches, moins proches, prestataires de l’entreprise…) et le vivier de prêteurs forcément rassurés et séduits par la vivacité de l’écosystème propre à la PME.

On est sur quels chiffres dans ce cas de figure ?

Les moyennes en sont forcément plus importantes, à la mesure des enjeux et de la logique rémunératoire propre à l’investissement. 70 000 euros pour le panier moyen. Avec 400 prêteurs et un prêt moyen de 172 euros sur une durée moyenne de 11 jours. ( Ndlr : Pour le plaisir et pour le rêve on vous donne le record d’une collecte : 20 000 euros en une heure. Oui, c’est possible).

À noter toutefois : pour être éligible et postuler sur Lendopolis, il faut une ancienneté de 2 ans afin de soumettre des bilans viables à même d’offrir aux investisseurs une minimisation des risques. Quand on est en amorçage on ne peut donc pas y avoir accès. Mais on peut du coup s’orienter vers l’ equity crowdfunding2.

Oulalala, j’ai honte, je connais pas…

Même concept. Les projets neufs et sans ancienneté se retrouvent face à des investisseurs également présents pour faire de l’argent et des paris gagnants, donc avec des perspectives financières plus importantes que le simple crowdfunding.

Et côté Equity Crowdfunding, on peut s’attendre à une plateforme de la maison ?

On bosse en effet dessus pour 2017.

Donc si on résume pour nos petits entrepreneurs :

Il existe un panel de solutions assez riches entre le prêt solidaire et le prêt rémunérateur mais une logique commune : la foule ET l’intelligence collective sont au centre, lesquelles dépendent avant tout de la communauté. Pour créer, densifier, séduire sa communauté, et donc réussir sa campagne, c’est exactement le même taf que lorsqu’il faut aller chercher ses clients pour n’importe quelle boite. Etre capable de faire vivre son projet, son produit, et fédérer le plus grand nombre par sa viabilité. Et son enthousiasme.

Amour, gloire et beauté : 54% des projets présentés réussissent leur collecte. Qu’arrive-t-il aux 46 autres ? Diagnostic des écueils à éviter.

Ça ce sont des chiffres obsolètes…

Sentiment de honte numéro deux…

On est à 70% de réussite sur KissKiss, et 90% de réussite sur Lendopolis. Donc ça cartonne. Et de fait au début de KissKiss on était à 30% de réussite. Ca a pris du temps. Fallait qu’on apprenne notre métier. Mais après juste deux ans on a commencé à avoir des super taux de réussite.

Mais ceux qui se plantent alors, c’est dû à quoi ? Qu’est-ce qu’on peut s’éviter pour optimiser son carton plein ?

Pour faire simple, quand on se plante en général, c’est qu’on a fixé un objectif trop élevé par rapport à la taille de la communauté, pour KissKiss surtout. Pour Lendopolis, c’est qu’on n’a pas réussi à fédérer son premier cercle et/ou que le projet n’est pas suffisamment fiable. Mais là encore, pas de miracle, l’intelligence collective dont je parlais et la foule, font le tri. Nous on sélectionne en amont, on accompagne, mais le public fait le reste du boulot, et dans la masse, il y a toujours des experts pour commenter sur la page entrepreneur du site, interroger et pointer ce qui semble moins solide le cas échéant.

Ce qui permet de limiter la casse en un sens ?

L’entreprise aurait peut-être fait défaut derrière avec un projet trop fragile, oui. En ne récoltant pas l’argent escompté on est obligé de reconsidérer à la fois son projet, sa communication, son business plan, pour le rendre le tout vraiment percutant.

Et maintenant, les clefs du meilleur comportement pour cartonner ?

Bonne définition de l’objectif, bonne compréhension du modèle choisi (Ndlr : KissKissBankBank, Hellomerci et Lendopolis servent une éthique commune mais offrent des services différents, requérant des comportements idoines). On rajoute ensuite la fiabilité du projet, la transparence dans la démarche, et, last but not least, un effort – pour ne pas dire un talent – de storytelling. Savoir se raconter, raconter l’histoire de son projet, de son entreprise, faire vivre le positionnement de sa marque, de sa boite, et en faire une présentation qui donne envie d’être suivi les yeux fermés.

Encore et toujours la redoutable étape de la communication…

Ce n’est pas tant penser marketing de pubard que mettre en forme sincèrement la passion qui nous anime et qui rend le projet aussi bankable qu’indispensable. Il ne suffit pas de demander de l’argent sur les réseaux sociaux. Les belles campagnes de KissKiss, c’est souvent de l’entertainment, des personnes qui savent faire vivre leur marque. Vidéo, teasing, narration, images, tout peut contribuer à la réussite du projet. Parce qu’une belle campagne, c’est non seulement celle qui a atteint son objectif financier, mais aussi celle qui a mobilisé de la presse, gagné des clients… Tous ces facteurs exogènes font d’une campagne un événement assez chouette en fait.

La réussite la plus emblématique pour vous ?

Sur Kisskiss, ca reste Demain, le film de Cyril DION avec Mélanie LAURENT. Record en budget. Plus de 450 000 euros. Mais le plus gros kiff c’est pas tant le montant que le nombre de gens. 10 200 personnes qui se sentent concernés et qui donnent.

C’est quand même dingue ce truc. Parce qu’immanquablement on se dit « bon quand même Mélanie LAURENT, l’argent, c’est pas le problème majeur »

Mais en réalité, au-delà de l’argent ou du côté people, il y a avait un vrai problème d’urgence. Bien entendu qu’en amont on étudie le projet, on vérifie les tenants et aboutissants, parce que précisément, en dépit d’un nom, le projet peut ne pas marcher, et le même nom peut être un obstacle plus qu’un atout.

Et c’est là que Kisskiss se démarque, c’est que le temps des banques, le temps des productions est totalement dépassé par le temps court d’une campagne.

Cyril Dion Sauf qu’en fait leur situation était critique parce que pour diverses raisons ils devaient partir tourner l’été3. Ils étaient en discussion avec les distributeurs et autres financeurs traditionnels du secteur, mais tout le monde se regardait en chien de faïence, on n’y va, on n’y va pas… Donc s’ils avaient dû continuer à attendre, ils seraient passé à côté des plusieurs étapes de leur sujet, certaines étant liés étroitement à l’agriculture pour prendre un exemple. Et c’est là que Kisskiss se démarque, c’est que le temps des banques, le temps des productions est totalement dépassé par le temps court d’une campagne. Alors bien sûr Mélanie LAURENT apporte la célébrité, la presse, le charme, mais il y a derrière Cyril DION qui a une légitimité en or dans le domaine de l’écologie, en tant que président d’ONG, et qui est lui-même à son niveau une sommité plus que légitime auprès de sa communauté. On y revient. Ici, les communautés se sont rencontrées, sur un projet viscéral, porté avec passion, de façon ultra transparente et tout ça a fait des petits jusqu’à donner un truc assez magique. En fait c’est une alchimie. Et notre métier c’est d’accompagner tout ça.

Oui parce que, que ce soit notre Mél nationale ou l’anonyme tout aussi motivé, il y a un réel accompagnement ?

Ah oui. Énorme. Énorme, énorme, énorme. (Ndlr : il l’a vraiment dit 4 fois hein, c’est pas une licence poétique de l’auteur). C’est notamment pour ça qu’on ouvre des bureaux à Lyon pour gérer la région Rhône-Alpes, d’autres bureaux en France sont prévus également. Cette proximité avec les gens est hyper importante, on les prend par la main pour qu’ils réussissent leur campagne. Et s’il n’y a pas de rencontre physique, il y a un énorme suivi par mail ou téléphone, toute une armée de conseillers. On donne les bonnes pratiques, on les conseille par rapport à leurs pages. Parce que ce qu’il faut avoir en tête, c’est quelle que soit l’ampleur du projet, pour son porteur, c’est des mois, voire des années de travail. C’est une énergie et des espoirs fous. 4 000 euros, c’est parfois la somme globale, mais c’est parfois aussi une petite partie d’un plan de financement plus important… Une action réellement impliquante pour un outil qui ne l’est pas - parce qu’il est fluide, intuitif, facile - ça peut être déroutant. Donc on a une réelle responsabilité. La qualité de l’accompagnement est nécessaire car ces projets sont des moments importants de la vie.

Quelles actions du coup ?

Beaucoup de terrain, énormément de terrain. J’ai dû me freiner à un moment parce que je bougeais trop. Les équipes le font maintenant, mais j’ai pris un train par semaine pendant 5 ans de ma vie pour aller faire des workshops, des conférences, des ateliers, des cours… Pour apprendre aux gens à se servir de nos plateformes et leur donner envie de le faire…

(Ndlr : Adrien est aussi passionnant que passionné, on sent l’exaltation monter.)

On voit et on entend comme ça vous tient à cœur, c’est très réjouissant.

Mais parce que c’est important ! Quand on est entreprenant, entrepreneur, on est souvent seul et commencer son aventure et son financement avec 80 personnes en moyenne, mais parfois 500, 1 000 ou 2 000 personnes, c’est riche. C’est pas que de l’argent. C’est un plébiscite. Une confiance accordée. Un encouragement très important.

Est-ce que dans le projet initial – KissKiss et ses petits – il y a une ambition sociale, ou crypto politique… ? Est-ce qu’on peut y voir une alternative au capitalisme ? Je sors les grand mots hein…

Alternative au capitalisme j’en sais rien et je saurais pas répondre. Politique, je sais pas, mais une ambition sociétale oui, c’est certain. On veut un impact sociétal fort et on veut faciliter le quotidien des gens, oui. Ca fait partie des trucs qui font qu’on se réveille le matin. Et qu’on y met tant d’énergie.

Donc pas de risque que KissKiss deviennent surtout une Bankbank ?

Quand on a créé Lendopolis les gens nous ont dit « ah mais là y a rémunération donc c’est moins solidaire » et on leur a dit « mais oui… mais non… ». 98% de nos entreprises sont des PME en France donc nos emplois sont liés au sort de ces entreprises et nos taux d’intérêt sont tellement bas qu’on prête beaucoup aux grosses entreprises, pas aux petites.

Donc c’est tout un circuit qui est finalement repensé, raccourci, ultra câblé, entre prêteurs, investisseurs, entrepreneurs, et qui dynamite le carcan actuel ultra bloquant.

Or plus de 90% des entreprises n’arrivent pas à emprunter pour se développer et à côté de ça les Français ont leur épargne tellement mal rémunérée qu’ils ne mettent plus leur argent en épargne. Donc c’est tout un circuit qui est finalement repensé, raccourci, ultra câblé, entre prêteurs, investisseurs, entrepreneurs, et qui dynamite le carcan actuel ultra bloquant.

Du coup j’ai presque envie de dire que c’est le projet le plus politique qu’on ait monté alors que les gens ont pensé qu’on sortait de notre positionnement solidaire. (Ndlr : Petite respiration. Le regard pétille. On sent la joie poindre dans la pupille). Et puis 7 000 projets par an via KissKiss, avec des gens de tous horizons, de tous niveaux, qui peuvent aller au bout de leur projet, oui je pense que ça peut avoir un impact. C’est Joël de ROSNAY qui parle de self empowerment4. Si 7 000 personne se réalisent par eux-même, se prennent en main, c’est la société en entier qui se prend en main .

Donc y’aura toujours du BisouBisou (traduction du terme kiss(kiss) pour les non anglophones) ?

Oui ! L’argent peut aboutir à des choses plus qu’intéressantes. Il ne sert pas qu’une simple logique de profit. Il faut juste mettre les câbles aux bons endroits et savoir les utiliser. C’est ce qu’on essaie de faire avec nos outils.

Ulule, kickstarter, vous, pour citer les plus grands, mais des dizaines d’autres en tous domaines… Comment faire le tri ?

Déjà on regarde les plateformes, comment elles sont faites. Si elles correspondent au projet. Et puis si on s’y sent bien. Si les outils nous plaisent. Parfois c’est juste de la séduction. Et puis il y aussi l’accompagnement. Ulule bosse bien de ce côté-là. Kicksarter en revanche c’est zéro, t’es tout seul avec un super site. Mais t’es tout seul.

En vrai, je déconseillerais toutes les plateformes sauf Kisckstarter, Ulule et nous. Et peut-être Indiegogo.

Mais en vrai… Y’a-t-il des arnaques ? Des incompétences notoires à dénoncer/pointer pour éviter aux postulants de se partir perdant en allant vers des sites moins recommandables ?

En vrai, je déconseillerais toutes les plateformes sauf Kisckstarter, Ulule et nous. Et peut-être indiegogo. Mais sur toutes les autres, trop petites souvent, y’ a pas d’outils. Chez nous y’a des dashboards, des notifications automatiques, des aides statistiques, des aides aux envois des contreparties, aux livraisons, une gestion d’envois… On est ultra outillé.

Pourrait-il y avoir un risque d’overdose avec le tout participatif ? Risque d’une lassitude à terme ? Quand, même pour un anniv’ ou des vacances on passe par lepotcommun, Leetchy ou autres, ne risque-t-on pas d’épuiser le concept par un appauvrissement des enjeux ?

Pas de risque ! Au contraire. A termes, on va faire que ça. Je vois pas pourquoi je me tournerais vers une banque alors qu’en deux clics je peux obtenir mieux et plus vite. Je vois pas pourquoi avec ma PME je dois attendre 3 mois pour une réponse quand c’est ma propre banque, jusqu’à six quand c’est un autre alors qu’en 15 jours je peux être fixé sur Lendopolis… C’est 25 secondes pour être éligible, moins d’ 1 semaine pour mettre tout en ligne, et l’ argent arrive sur le compte en direct à l’issue de la campagne. Y’a une rapidité et facilité objectivement concurrentielle des systèmes de financement traditionnels.

Et pourtant, en dépit d’une connaissance et d’une conscience croissante de ce système alternatif, encore très peu de gens y font appel5.

C’est encore tout petit, c’est vrai. Y a un énorme frein sociologique, normal, très français. Mais c’est la base, ça relève presque du principe de précaution. Ca va venir. Notre boîte est calée sur le fait que cette croissance est lente, mais c’est une lame de fond. Quand ça va vraiment décoller, que le succès de ces campagnes va entrer dans les mœurs, ça va être énorme. Le prêt au PME, ça peut être très gros.

Petit crochet par votre parcours… Entre exemple officieux et contre-exemple officiel : vous êtes le cancre auto-proclamé d’une réussite avérée. Que pensez-vous des formations canonisées, des grandes écoles et de l’éducation nationale dans leur rapport à l’entreprise et leur soutien à la jeunesse pleine d’initiatives ?

J’ai récemment découvert sur le web une troupe de normaliens et d’énarques m’insultant parce que j’aurais avancé que la réussite ne passait pas par les études. Alors je me permets de clarifier les copains, moi je suis pour les études. Je suis admiratif de ceux qui s’y épanouissent et réussissent dans leur cursus scolaire.

[…] il faut juste changer le paradigme dans la manière d’éduquer nos enfants. Le point clef c’est de développer la curiosité, l’envie d’apprendre, le plaisir et ça on le fait trop peu.

Mais c’était pas mon chemin, j’en étais pas capable. Je n’ai de leçon à donner sur le sujet à personne. Le seul truc, et ça j’espère que ça pourra fédérer ces normaliens communistes très violents ( Ndlr : qui ont quand même déformé et réinterprété des propos comme des gougnafiers) c’est qu’il faut juste changer le paradigme dans la manière d’éduquer nos enfants. Le point clef c’est de développer la curiosité, l’envie d’apprendre, le plaisir et ça on le fait trop peu. Ça arrive et ça existe bien évidemment. Mais pour qu’un prof soit bon, il faut qu’il soit heureux, et ça pose la question de la vie des profs de la valorisation de leur métier. Leur donner aussi de bons outils.

La curiosité, nerf de la guerre ?

Base de la passion. Être à l’écoute de ce qui se passe en soi, autour de soi. Et voir ce que ça fait dans le ventre. Entrepreneur, c’est pas un métier. C’est comme les artistes, c’est un sacerdoce. Un entrepreneur qui demande à un autre entrepreneur comment on fait pour trouver LE concept ou kiffer, faut qu’il arrête. Un artiste qui demande à un autre artiste comment il fait pour créer, faut qu’il arrête aussi. C’est tellement intime, viscéral. Violent.

Une devise pour un Kisskiss carton ?

Un petit rappel peut-être, valable pour Kisskiss et le crowdfunding : c’est pas parce que c’est solidaire qu’on va vous financer par philanthropie ! Chaque personne qui finance le fera pour des raisons bien précises. Donc peut-être commencer par se poser la question qui fait mal : savoir pourquoi on vous financerait vous et pas un autre ? Et se demander comment toucher et concerner 80 personnes dont les motivations peuvent toutes êtres différentes…

La phrase-conseil aux petits entrepreneurs qui n’en veulent ?

Adrien, dessine moi un petit entrepreneur

Adrien Aumont de KissKissBankBank, dessine les petits entrepreneurs…

Adrien nous a encouragé à aller discutailler avec quelques entrepreneurs dont Guillaume GIBAULT, fondateur du Slip français. La prochaine Interview de Mikou est en cours !