Storytelling

LPE en 15 étapes

Publié le 2 mars 2016 par Nicolas Gerchenzon et David Délis
10 min.
Se lancer dans une aventure startup, c’est jamais simple et le parcours est souvent semé d'embûches. En ce qui nous concerne, c’est pas des bûches qu’on a dû enjamber mais des mégapoutres. Entre les problèmes d’associés, le cumul avec nos activités professionnelles et l’éloignement géographique, on a mis trois ans à lancer notre projet. On détient certainement l’un des « time to market1» les plus élevés de France mais un pivot2 pas si improbable finalement… Retour sur notre parcours en quelques dates et quelques mots.

Et si on montait un projet ?

Septembre 2012 : des applis pour des experts fonciers

David rejoint deux potes qui planchent sur un projet d’application destiné à aider les experts fonciers dans leurs saisies d’information et de description sur le terrain. Ils réfléchissent en parallèle à un outil permettant de récupérer les données de cette appli et d’organiser le travail des experts.

Janvier 2013 : Nico débarque, le projet s’élargit

David me propose de rejoindre le projet. L’outil devient plateforme, et la cible est rapidement élargie à tous les métiers de l’expertise ou nécessitant de faire de la description. Une boîte est montée dans la foulée.

Juin 2013 : le clash

Mésentente classique entre deux associés, les deux amis décident de mettre un terme à la collaboration (aucun blessé, et tout va bien aujourd’hui). L’un garde la boîte et continuera seul sur son projet d’application. De notre côté, on conserve la plateforme et on se focalise à trois sur la partie outils de gestion à destination des petits entrepreneurs (… on tient peut être une idée). La conception est déjà bien avancée et le développement tout juste débuté.

Octobre 2013 : Passage de bâton entre développeurs

Pas pour longtemps, l’autre pote de David se fait embaucher par une ESN (anciennement SSII)3 et n’a plus le temps de travailler sur le projet. On est plus que deux et on a plus de développeur ! Idéal pour ce projet. Nous proposons alors à Emeric de rejoindre l’aventure pour piloter la partie technique.

Brainstorming géant … le projet prend de l’envergure, et nous imaginons rassembler au même endroit outils, réseau et info pour que l’entrepreneur n’ait qu’une porte d’entrée pour gérer l’ensemble de son activité et traiter toutes ses problématiques d’information, de prospection et collaboration. Rien que ça, tranquillou.

Décembre 2013 : à la recherche du développeur associé

Emeric, ingénieur de formation touche au code depuis longtemps, mais n’a pas développé depuis plusieurs années et n’a jamais produit d’outils à l’aide de frameworks4. Nous aimerions lui associer un développeur expérimenté. Je me mets donc à la recherche d’un développeur et j’en contacte une demi tonne via Linkedin, Viadéo et autres sites … Prise de conscience : trouver des associés potentiels et de bons développeurs backend sur des langages complexes5 est un enfer, et ces derniers semblent très (très) rares sur le marché.

Janvier 2014 : Pari raté

Après plusieurs entretiens, nous nous lançons dans la collaboration avec un développeur. Un mois plus tard, fin de la collaboration avec le développeur. Retour au point de départ, le profil ne matche pas. On décide donc de chercher des subventions pour sous-traiter une partie du développement.

Avril 2014 : Inovizi, success !

On obtient la subvention régionale Inovizi6 anté-création. On part en partie sur une prestation de développement avec 2 indés qui sera un échec. Le projet est complexe, prend énormément de temps à développer, et la collaboration externe est difficile.

Septembre 2014 : French Tech, success !

On continue sur notre lancée subvention, on va voir Bpifrance7 et on chope la subvention French Tech8. Celle-ci nous permet entre autres de faire une étude de marché et de valider nos hypothèses sur les besoins des entrepreneurs.

Novembre 2014 : Réseau Entreprendre, chaud !

On est chaud, et dans la foulée on se lance sur Réseau Entreprendre9 pour l’obtention d’un prêt d’honneur. L’objectif étant de trouver les moyens pour financer le développement de la plateforme.

Septembre 2015 : 1 an pour rien ?

On vient de passer plus de neuf mois (on a toujours nos boulots à côté) à remplir le dossier … Aboutissement sympathique : un hybride mi-thèse, mi-business-plan de 100 pages aux éditions Sasserrarien. On nous dit que c’est trop long, on se rend compte que c’est trop long. Et globalement, il est trop tôt pour le prêt d’honneur. Après quasi un an, on met Réseau Entreprendre de côté.

Mais en contrepartie, on a développé une vision assez incroyable de la plateforme idéale pour les petits entrepreneurs, même si personne ne la comprend. On a je-ne-sais-combien de cahiers des charges fonctionnels prêt-à-développer, des maquettes dans tous les sens, et des idées cosmiques qui vont faire tomber Google … Et notre business plan a remporté quant à lui la palme d’or du Festival de la Nausée (Mais David persiste à nous dire qu’il est compréhensible si on prend un peu de temps). En faux bonus, on vous met uniquement l’état des relations entre les différents éléments du BP. Si vous arrivez à deviner de qui ou quoi on parle, c’est qu’en fait, on est des génies incompris.

Le business plan relations

Octobre 2015 : se dévouer au projet et quitter son job

Emeric et moi quittons nos activités et rejoignons le projet à temps plein. On se confronte à plusieurs proches, eux-mêmes à la tête de startups qui marchent bien. Le projet n’est que mal compris, toujours décrié pour son gigantisme, et manque cruellement d’une stratégie de lancement. Très grosse crise de doute. C’est l’heure de pivoter et de proposer une stratégie réaliste.

Novembre 2015 : Une vraie stratégie de lancement

On opte pour une stratégie axée sur 2 piliers :

  • d’abord un webzine (magazine multi-thématiques sur Internet) qui a pour vocation d’aider les petits entrepreneurs indépendants à comprendre l’information au travers de trois impératifs : pédagogie, engagement, décalage ;

  • une plateforme capable d’héberger nos futures applis, et le développement de 3 premières applications : « Solidating » orientée entraide (cf. articles connexes « Petit test entre amis : et après l’apéro ? »), « les petites trouvailles » orientées conseils, et « Goodfoot » orientée créateurs. À suivre.

Objectifs ? lectorat et conversion en inscription ; poser notre image de marque et notre identité « pas comme les autres » ; travailler nos partenariats institutionnels et commerciaux.

Décembre 2015 : poser les valises, s’engager, tester

On finit l’année sur du positif, on est accepté dans la pépinière d’entreprises la Pousada10 (cf. articles connexes « La lumière au bout du tunnel : La Pousada » ) et on est pré-sélectionné pour rejoindre l’incubateur Linksium11. Il s’agit d’une SATT (Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologies), il faut cependant trouver un labo de recherche, condition obligatoire pour y rentrer. Notre problématique concerne la fonction de recommandation (prédiction utile pour dispenser la bonne info au bon moment) autour de l’information fiscale, comptable, sociale, pratique, etc. Les labos ne sont pas légion dans le domaine. À suivre.

On organise également notre premier «  Petit Apéro » sur Grenoble.

Janvier 2016 : des stagiaires tu prendras …

On recrute 3 stagiaires : Garance, Romain et Quentin. On ressemble à une startup. Chelou.

Mars 2016 : La première pierre.

Hallelujah, 3 ans après, on sort notre site. Certes, ça n’a rien à voir avec l’idée d’origine à première vue mais nous comptons bien, à vos côtés, concrétiser un jour ou l’autre notre folle vision (cf. articles connexes « Les petits entrepreneurs : le grand saut »).

Le petit mot de David

Avons-nous vécu une aventure particulièrement originale ? On l’aurait voulu, mais non. Les écueils habituels, les erreurs habituelles … On peut lire et trouver partout des témoignages de startupers quasi similaires.

Là, enfin, on sait qu’on est arrivé à ce tout petit début très concret. Le vrai début du tunnel. C’est sans appel : c’est en faisant des choses très concrètes qu’il commence à se passer des choses très concrètes. Il y a en chacun de nous une espèce de besoin absolu d’expérimenter à sa façon. C’est probablement ça « vivre l’aventure ». Personne ne peut pré-mâcher ce vécu là. Personne ne peut empêcher la volonté de faire à sa façon. Lorsque tout ton entourage te dit que ta nouvelle copine est une tarée de première, que ta famille te le dit, que même ton ex te le dit, toi, tu veux te viander à ta façon et t’en rendre compte seul. 3 ans plus tard tu regrettes un peu, mais finalement, tu valorises toute cette expérience. Tu te connais objectivement mieux. Dans les shonen mangas12, les auteurs insistent bien sur le fait que l’issue n’a aucune espèce d’importance. Le héros gagnera sûrement, il atteindra probablement un but. Mais ce qui compte vraiment, c’est l’aventure, le chemin. C’est ça qui caractérise une expérience. On va tous mourir, c’est sûr, mais ce qu’on aura fait de notre vie, c’est ce qui nous rendra unique. L’idée est simple, mais elle a une grande portée à mes yeux.

Ce n’est pas en essayant d’améliorer la bougie qu’on a inventé l’électricité

Initialement, le milieu des startups m’est assez hostile. Les gens qui parlent américain et français en même temps n’ont pas immédiatement ma faveur, même si inévitablement, tu finis par le faire toi aussi … Pour autant, On ne souhaite pas être une startup comme les autres. On ne se vit pas comme ça. Très axée autour de nos valeurs et de cette concrète solidarité, notre première ambition n’est clairement pas un rachat de concept pour quelques millions. Je n’ai pas envie que ça soit une petite promesse. Le problème, c’est que la réalité de ce monde impose un réalisme terrible. Grâce à Nico, on a fait des pas de géants à ce niveau. Il est notre interface avec le réel. Confrontations marché, business plan, interlocuteurs du milieu, recherche de subventions … tout ça est indispensable. Est-ce que ça doit annuler vos rêves ? Surtout pas. La clé de ceux qui veulent réellement changer le monde, ce n’est pas de répondre au marché, c’est de proposer une vision que le monde ne connaît pas encore. Une citation, détournée mille fois, dit en somme « Ce n’est pas en essayant d’améliorer la bougie qu’on a inventé l’électricité »13.

Faites votre parcours, écoutez les conseils, mais faites votre chemin aussi à votre façon. Soyez humbles, proches de vos compagnons de route, et si vous êtes un entrepreneur dans l’âme, que votre projet a du sens, votre aventure vaudra le coup, et l’issue sera nécessairement belle.