Tribune Libre

Maman solo, entrepreneuse et étudiante : mode d’emploi

Publié le 20 octobre 2016 par Isabelle Jarzac
Peut-on réussir dans sa vie en étant autre chose qu’une douce esclave en CDI, assurée d’horaires en 35 heures imposables et non remboursables ? Je vous prouve ici que oui !

La révolution individuelle existe, et le bonheur sans soumission aussi ! Mais ne rêvons pas : être celle qui décide et exécute ne se fait pas sans certaines concessions : exit les douces soirées et week-end en famille où l’unique souci sera de bien faire sonner son réveil dès le lundi matin à l’heure dite. Être une femme entrepreneuse, c’est divorcer de ses illusions de jeune fille, qui croyait encore à la douce protection d’une famille royale et d’un prince aimant, pour épouser l’aventure et le risque sous toutes ses formes, et surtout une solitude nouvelle mais consentie, car rares sont les vassaux qui combattront à vos côtés sans fuir devant l’adversité.

Devenir entrepreneur n’est pas chose aisée, surtout dans le contexte de morosité ambiante. On ne peut compter que sur sa propre huile de coude pour verser la soupe dans son assiette à la fin de la journée. Mais lorsqu’en plus on est une maman rentrant dans l’âge « mûr » , avec trois beaux enfants à charge, c’est donc quatre assiettes qu’il faut remplir. Et commence ainsi une aventure digne de « Star Wars ».

Quitte à entrer totalement dans le monde des marginaux en plus du statut de divorcée, j’en rajoute une couche en reprenant des études universitaires il y a deux ans. Obtenir d’abord une licence de sciences humaines et sociales en validation des acquis d’expérience fut une parfaite mise en bouche avant de me lancer, début 2015 dans un Master 1 de psychologie clinique. Et pourquoi faire simple quand on pourrait faire compliqué ? L’université est à 100 kilomètres de chez moi en guise de plat de résistance. Validée, cette nouvelle réussite deviendrait presque une réelle provocation, voire une insulte pour mon entourage médusé. Pourtant, il y avait une nécessité absolue de changement. Parfois, le danger de l’immobilisme apparaît plus grand que celui de grandes révolutions. Certes, ce changement ne s’est pas fait sans concessions, sans des nuits blanches agrémentées de douleurs gastriques aiguës, dévorée par l’envie d’une liberté démesurée. Mais c’est surtout la crainte de la banqueroute, cauchemar absolu de tout entrepreneur un tant soit peu responsable et réaliste, qui prédominait. Au delà du courage et de la volonté, se décider à quitter peu à peu le monde protecteur mais aussi persécuteur du salariat demande de grandes capacités d’adaptation. Et tout ceci est encore d’actualité. Car non, je vous le dis, au bout de deux ans et demi d’entrepreneuriat total, on n’a pas encore apprivoisé le danger ni le risque !

Un cheminement vers l’entrepreneuriat

Ancienne infirmière (diplômée tardivement, on ne peut pas être précoce en tout), mon passage en bloc opératoire fut une expérience déterminante en terme d’évolution personnelle (il n’existe pas de meilleur endroit pour apprendre à gérer le conflit et le dépasser), et en terme de rencontres. En effet, c’est dans cet endroit intimiste frôlant les conditions de travail d’un vrai service de psychiatrie, qu’un médecin anesthésiste repéra mon appétence pour la psychologie humaine et mon ambition démesurée qui se perdait dans les méandres d’une vie personnelle un peu trop tourmentée. Il me donna la chance de croire en moi le premier (et oui, on est pas obligé de d’abord croire en nous pour y arriver), et de me faire une proposition (pas indécente, désolée), pour créer et développer un cabinet médical privé, prenant en charge médicalement et psychologiquement des personnes souffrant de graves problèmes de poids. Cumulant pendant deux ans deux emplois antinomiques, infirmière de bloc opératoire exécutrice et infirmière d’éducation thérapeutique (lunettes rondes derrière un bureau individuel), ma soif de savoir et d’apprendre me conduisit à accepter toutes les formations que le boss me proposait.

Ce dernier m’orienta pour ses propres besoins vers la fameuse formation d’hypnose éricksonienne et de programmation-neuro-linguistique à Paris. En effet, il avait besoin que j’apprenne ces techniques pour peaufiner notre accueil au cabinet médical. Et dans la foulée j’effectuais un certificat d’aptitudes à accompagner les personnes obèses à Cambridge, avec l’association internationale de recherche sur l’obésité. J’en conserve des souvenirs émus de pintes de bière à « l’Eagle Bar », des nuits blanches cosmopolites dans les tréfonds des rues Anglaises, et j’admets, tout de même quelques notions professionnelles.

Mon aventure dans ce nouveau lieu me plaisait, et j’usais de toute ma force de persuasion pour me faire embaucher à mi-temps et démissionner du bloc opératoire, excellent bouffeur d’énergie, de pensée et de créativité. J’étouffais dans ce système où surtout, on nous demande de ne pas être, de ne pas agir, sauf dans l’intérêt du patient ou pire… du système institutionnel. J’étais habituée, par mon histoire, à trouver des solutions. Surtout pour les autres, c’est vrai. Une vraie coach. Et peu à peu me vint l’idée, peut-être saugrenue, que cette compétence-là, tant prisée par mon environnement relationnel, pouvait peut-être s’utiliser rien que pour moi, comme la vraie égoïste que je n’étais pas. Alors pourquoi ne pas tenter de s’écouter, de se faire un peu confiance ? Une citation dit « faite de votre passion votre gagne-pain et vous ne vous lèverez plus jamais le matin pour travailler ». Je pense que devenir micro-entrepreneur, c’est avant tout utiliser toutes ses qualités intrinsèques, toutes ses compétences, toutes ses intelligences à 100% car on n’a pas droit à l’erreur. Il faut donc les connaître et savoir aussi où sont ses limites.

Le grand saut

Au bout d’un an de travail à mi-temps au cabinet, j’appris qu’une licence de psychologie pouvait s’effectuer par validation d’acquis d’expérience à Lyon, pile dans la spécialisation que je chérissais (autrement dit, la psychanalyse et la psychopathologie). Ni une ni deux, je faisais parvenir mon dossier en secret à l’université et obtint l’accord pour effectuer un mémoire à soutenir devant un jury universitaire. Le secret mis à jour, branle bas le combat dans ma vie perso (« quoi ? tu vas pas reprendre des études à ton âge ? »), dans ma vie familiale (« putain maman t’abuses, on va bouffer des pâtes combien d’années encore ? »), et dans mon job (« j’ai pas besoin d’une psychologue au cabinet, mais d’une infirmière d’éducation thérapeutique »). Il allait falloir affronter tous ces regards et ces « qu’en dira-t-on » et apprendre à nager seule dans le grand bassin, sans bouée. J’avais plus une tune, c’était le pire moment de ma vie et justement le bon moment. Car quitte à être pauvre, ma foi, autant l’être mais en faisant ce qu’on aime non ?

Devenir micro-entrepreneur c’est savoir regarder son parcours en analysant toutes ces fois où l’on s’est débrouillé et où on s’en est sorti. Pas de place pour le pessimisme, donc ! J’ai donc monté ma micro-entreprise en continuant quelques mois au cabinet médical, utilisant peu à peu toutes mes compétences d’employée pour développer ma propre affaire. Il faut savoir être prudent… ne vous jetez pas sur votre lettre de démission sans avoir fait un prévisionnel sur deux ans au moins ! Equilibrez les comptes, envisagez tous les scénari ! Soyez prévoyants ! Il est indispensable de pouvoir se projeter à moyen et long terme, et d’envisager diverses options possibles, déclinées en plusieurs versions genre : « plan A, plan B, plan C ». Ça rassure. Au cas où !

Il m’arrive encore de dire à certains de mes patients, « mais que pouvons nous faire de toute cette énergie dépensée pour un autre, si à un moment donné on décide de ne l’utiliser que pour soi » ? Puis le divorce avec mon cher patron qui m’avait tant appris fut consommé.

Une rupture conventionnelle de contrat fut signée dans une douleur d’enfantement, j’accouchais de ma propre liberté, et de tous les soucis qui allaient avec. Il est en effet nécessaire quand on se lance à son compte, soit d’avoir des économies, soit d’avoir un revenu régulier un certain temps (chômage, formation de reconversion), soit un(e) conjoint(e) fortuné soit de faire un crédit. Car non, on n’est pas rentable tout de suite ! Une nouvelle vie commençait. Il fallait maintenant avancer, y croire, développer mon cabinet tout en poursuivant mes études pour le titre de psychologue clinicienne.

Tous entrepreneur ?

En quelques paragraphes, voici mon humble parcours, en espérant qu’il puisse inspirer, donner du courage ou un certain éclairage à d’autres petits entrepreneurs. Et si c’était à refaire ? Sans aucune hésitation, je le referai ! J’ai eu peur, en effet, de regretter mon sacro-saint contrat à durée indéterminée ainsi que ma fiche de paie régulière, m’assurant protection sociale, protection maladie, prêt bancaire. J’ai eu peur qu’il me soit trop difficile d’aller moi-même chercher, à la sueur de mon front, chaque euro qui allait nous faire vivre, mes enfants et moi-même. Mais pas une seule seconde, une fois lancée dans cette aventure, je n’ai pensé à cette vie d’avant, la nouvelle est tellement excitante, trépidante et stimulante. Je peux le dire, je me lève tous les matins avec l’envie d’aller travailler, la dynamique est toujours présente, même les jours de fatigue ou de contrariété. Je peux laisser libre cours à ma créativité, à mon imagination, prendre les initiatives qui me plaisent. Entreprendre nécessite de faire des choix, de garder l’essentiel pour simplifier et solidifier son projet. Faire coexister une activité entrepreneuriale et une vie de famille est possible mais demande beaucoup de rigueur et d’organisation. Entreprendre, c’est avoir une vision long terme, se fixer des objectifs et des étapes réalistes pour y parvenir. Entreprendre, c’est utiliser le temps comme un précieux allié et la patience comme une force. Enfin, entreprendre, c’est vivre une aventure personnelle intérieure forte tout en la partageant avec son entourage, c’est être acteur de sa vie, l’inventer et surtout, la vivre sans aucun regret.

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